Faire une toile et retoucher le patron

Épisode 3/3 : Avec Malo, c’est ceinture !

Je vous le disais récemment sur le blog, ces jours-ci je vous parle des ratés en couture, ou plutôt d’ « expériences », mettables ou non. Dans chacun des 3 articles, je vous présente le-s projet-s, comment je l’-les ai abordé-s, mes erreurs, et ce que cela m’a appris.
Dans ce troisième et dernier article, on parle de Malo et Cézembre, deux projets dits « simples », et pourtant particulièrement compliqués pour moi.

[Comme j’ai déjà rédigé un article sur Cézembre, je vous parle ici plus en détail de Malo.]

Faire une toile et retoucher le patron a minima. C’est désormais une habitude, une étape incontournable qu’il me semble impensable d’ignorer. Et pourtant, cela n’a pas toujours été le cas !


1. La robe Malo d’Anne Kerdiles

Sortie en octobre 2015, Malo est un patron de la créatrice Anne Kerdiles. C’est une robe aux lignes épurées, droite, légèrement trapèze, avec des poches, qui peut être réalisée dans quasiment tous les tissus et convient à bon nombre de morphologies dont la mienne, en A (pour plus de détails sur le sujet, voir le premier article de cette série). Cette robe est proposée en deux variantes : avec mancherons pour une pointe de sophistication et avec des manches ajustées, longueur coude.

MALOEn octobre 2016, quelques mois après m’être lancé le défi fou de coudre ma garde-robe, j’ai flashé sur la robe Malo. J’étais novice dans la galaxie couture et je ne connaissais pas encore les créatrices de patrons françaises ni les bonnes merceries. Je surfais beaucoup pour trouver l’inspiration, en particulier sur les blogs de Barbara (Bee Made), Anne (My Dress Made), Tiphaine (Addictiph‘) et surtout sur celui de Mélanie & Julie (Atelier Svila, aujourd’hui Atelier Svila et Cousette Chérie).

Ce sont ces blogs qui m’ont permis de voir les modèles portés, d’envisager les possibilités infinies qui s’offrent avec un patron et un tissu et ce sont ces blogueuses, notamment Mélanie et Julie, que j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs fois, qui m’ont encouragé à me lancer. En voyant leur duo de Malo, j’ai littéralement craqué et j’ai acheté le patron et le tissu noir à carreaux blanc de chez Cousette que porte Julie. Mon projet était de faire une version sans ceinture avec des manches aux coudes, avec un fit parfait, comme la version de Julie.
[Pour voir les versions de Julie et Mélanie c’est ici]

Débutante en mai 2016, autodidacte, et avec un peu plus d’une vingtaine de pièces à mon actif, j’avais un peu plus d’expérience que pour mes premières cousettes et mon enthousiasme (et ma flemme aussi !?) conjugué au fait que ce patron est accessible aux grands débutants, m’ont poussé à ignorer l’étape de la toile et des retouches basiques. J’ai choisi la taille 42 (en pensant à mes hanches, LE point à considérer pour une morphologie en A) et hop, j’ai coupé le tissu. Je vous le confirme, Malo est une pièce facile à coudre pour un résultat très satisfaisant, et je n’ai rencontré aucun problème particulier lors des différentes étapes de l’assemblage, si ce n’est des erreurs dues à mon étourderie et à mon inexpérience.

 

 

Une fois terminée, j’ai enfilé la merveille et, si cela ne m’a pas choqué d’emblée, j’ai bien senti que c’était un peu plus « près du corps » au niveau des hanches, qu’en haut où j’étais (beaucoup) plus à l’aise…

Sur le coup, j’ai décidé de la porter ceinturée et j’ai considéré que la pièce était réussie, d’autant que le tissu, assez fluide et composé pour partie d’élasthanne, ne se montrait pas trop récalcitrant. Après réflexion, et une fois les mesures prises, j’ai réalisé que je ne pouvais tout simplement pas la porter sans ceinture sous peine d’avoir l’air de porter un vêtement pas ajusté du tout. J’ai réfléchi à mes erreurs et j’ai cherché une solution pour limiter l’embu au niveau du haut de la robe.

 

 

J’ai cousu deux pinces sur les devant et dos, mais l’embu était tel que cela n’a pas changé grand-chose. A l’époque, je pensais qu’il suffisait de découper le patron à sa taille (plus ou moins), de le plaquer sur le tissu, de couper, de coudre et youplaboum, comme par magie, ça me va ! (oui elle est naïve la petite hein !) Les choses sont un peu plus nuancées en fait…

Quelques mois plus tard, ne voulant pas rester sur cette expérience à moitié réussie, j’ai décidé de coudre une seconde Malo dans un crêpe bleu de chez Cousette (une de mes boutiques de référence) et de me documenter avant pour retoucher le patron car, entre temps, dans mes cours (voir A propos), j’ai abordé les bases du modélisme.

Après plusieurs jours face à mon patron et le nez dans les bouquins (vous trouverez bientôt les références bibliographiques dans la rubrique « Sur l’étagère»), j’ai trouvé la solution pour retoucher le patron : prendre ses mesures et les reporter sur le patron avec l’aisance, voir quelle taille est la plus proche de sa taille ; si la taille n’est pas la même en haut et en bas, tracer un trait pour faire se rejoindre les deux tailles.

 

 

Surtout ne pas ajouter plus de 2 cm de marges de couture car cela aura tendance à modifier l’aspect du modèle.
Une fois la solution trouvée, j’ai fait deux toiles jusqu’à parvenir au fit parfait, puis j’ai coupé, cousu mon tissu et reporté les modifications sur du papier cartonné pour les prochaines fois.

 

 

 

Le bilan
Je porte toujours régulièrement les deux versions de la robe Malo. La première (qui est restée plusieurs semaines au placard car j’étais frustrée d’avoir quelque peu « gâché » le tissu) je la porte avec une ceinture (obligatoirement) et une petite veste en jean de préférence ; la seconde je la porte sans ceinture et avec une très grande fierté. Ce fut une expérience très constructive où j’ai compris l’importance cruciale de la toile, des essais, des ajustements minimes sur le patron et toujours, de la réflexion avant l’action.

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J’ai en outre pu me perfectionner en ce qui concerne les finitions (ourlets, encolure et poches) et j’ai découvert le biais, une révélation ! En effet, je n’aime pas du tout les parementures et quand je peux éviter, je pose du biais, il tient bien en place et je trouve que c’est bien plus net.
2. La blouse Cézembre d’Anne Kerdiles
La blouse Cézembre, tout le monde la connait, c’est un basique pour les couturières, un best-seller d’Anne Kerdiles. J’ai rédigé un article sur le sujet (vous pouvez le (re)lire ici). Ce modèle, je l’avais déjà cousu 2 fois et si j’étais satisfaite du résultat, j’étais malgré tout désolée de voir l’embu dans le dos (quand t’es cambwée, t’es cambwée). Avant de coudre la troisième version, j’ai réfléchi aux points à améliorer, j’ai revu ma copie et j’ai trouvé la solution qui m’a permis de résorber l’embu du dos. Là encore, l’expérience a prouvé que la réflexion, la toile et la retouche du patron sont indispensables, et qu’il y a toujours une solution, il suffit de chercher sans se décourager !

Ci-dessous à gauche, la 1ère version de Cézembre, sans travail sur le patron, et à droite, la 3ème version, après retouche du patron

 

 


Comment ne pas reproduire ce genre d’expérience ?

Faire une toile pour chaque nouveau modèle, systématiquement !
Ma prof de couture, du haut de ses 71 printemps et avec plus de 60 ans de cousettes à son actif me l’a répété à de nombreuses reprises : « Regarde le dessin, le patron, compare tes mesures avec celles du patron et surtout, FAIS UNE TOILE ! »
C’est vrai, c’est du travail, mais c’est absolument indispensable. La toile, c’est le crash test. On peut s’entraîner à une nouvelle technique, rater, découdre, recommencer, écrire dessus autant que l’on veut et une fois qu’on se sent à l’aise, on découpe et on coud sereinement son tissu. Quand on considère qu’on coud en général plusieurs versions d’un même modèle, ce n’est pas du temps perdu bien au contraire.
Et vous, vous faites une toile à chaque fois ?

Voilà, c’est la fin de cette petite série d’articles sur mes expériences en couture. J’ai partagé avec vous ces expériences en expliquant mes erreurs et la façon de tirer profit de chacune d’elles pour faire des progrès.
J’espère que vous les avez trouvé instructifs et que vous avez maintenant une bonne raison de ressortir les cousettes que vous considérez comme imparfaites, voire ratées et que vous aurez plaisir à les porter, à les offrir, à les retravailler ou à leur donner une seconde vie.

Bonne journée !
Sylvie


BONUS : Où se procurer la toile à patron (ou toile à beurre) ?
Plusieurs d’entre vous m’ont déjà posé la question sur Instagram, alors voici quelques informations sur la toile. La toile c’est un tissu grossier en coton qui permet de faire les essais et les ajustements avant de couper le tissu. On peut utiliser de vieux draps (rien ne se perd !) ou acheter de la toile à patron en ligne ou en magasin.

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Voici une liste non exhaustive des endroits où vous pouvez vous en procurer. Votre choix sera fonction du grammage que vous recherchez et du prix au m²

  • IKEA (rayon tissus à la coupe et rideaux)
    Laize de 140cm ; le meilleur rapport qualité prix. Je m’en suis acheté 20m en août 2016, il m’en reste encore, elle me convient parfaitement
  • Ma Petite Mercerie
    Laize : 150 cm
  • Rascol
    Laize : 150 cm
  • Les coupons de saint Pierre
    Laize : 90 cm
  • Mercerie de Charonne
    Disponible en deux épaisseurs et deux laizes, 140 et 150cm
  • Chez Hamon (une institution, matériel de niveau professionnel)
    Toile épaisse, laize 160 cm ; toile fine, laize 80 cm  (traitée ou non traitée ; je ne sais pas la différence entre les deux, je vous conseille de les contacter pour toute information)

13 commentaires sur “Faire une toile et retoucher le patron

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  1. Bravo pour cette série. Tu as pointé du doigt exactement les erreurs que l’on fait toutes au debut, pressées de porter le fruit de notre travail. Tu as su apprendre de tes erreurs et partager humblement ton expérience. Bravo. Et oui, la toile c’est indispensable ! Le mieux pour les jolis cambwées c’est les pinces bustes dos. Souvent non présentes sur les patrons, elles permettent pourtant cette retouche essentielle! Bisous.

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  2. Merci pour ces articles ! Mais du coup, la question que je me pose, c’est la toile pour les patrons prévus en tissu extensible. J’ai acheté de quoi coudre le patron safran de deer and doe, qui demande 20% d’élasticité ; dans ce type de cas, tu fais comment ? Tu essaies de trouver un tissu correspondant qui ne soit pas cher ?

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